"Personne n'est autre chose que ce qu'il fait."
Axel Kahn
( Ici, 17 mai 2021, dernière interview sur France Inter)
Son blog -clic-
Le bout du chemin
L’attitude face à la mort lorsqu’elle n’est pas d’actualité est très diverse selon les êtres.
La
plupart des gens jeunes en exorcisent jusqu’à l’idée, ce qui constitue
une mesure d’auto-protection efficace. Cette insouciance de la mort est à
peine entamée par les deuils des anciens, rangés dans une autre
catégorie que les vivants.
Certains à l’inverse vivent dans la terreur de la camarde qui jette son ombre sur leur vie entière.
Les métiers de la mort (pompes funèbres, fossoyeurs, notaires…) la
banalisent et s’en dissocient en général. De même les soignants et
médecins. Je suis dans ce cas, la mort m’est habituelle depuis si
longtemps, elle ne m’obsède pas.
Il n’empêche, j’ai depuis longtemps la curiosité de ce que sera mon
attitude devant la mort. Il y a ce que l’on désire qu’elle soit et ce
qu’elle est. Des croyants sincères qui ne doutent pas du royaume de Dieu
sont submergés par la terreur lorsqu’elle s’annonce.
Tel n’est pas mon cas. Je vais mourir, bientôt. Tout traitement à
visée curative, ou même frénatrice, est désormais sans objet. Reste à
raisonnablement atténuer les douleurs. Or, je suis comme j’espérais être
: d’une totale sérénité. Je souris quand mes collègues médecins me
demandent si la prescription d’un anxiolytique me soulagerait. De rien,
en fait, je ne ressens aucune anxiété. Ni espoir – je ne fais toujours
pas l’hypothèse du bon Dieu -, ni angoisse. Un certain soulagement
plutôt.
Selon moi, limiter la vie au désir de ne pas mourir est absurde. J’ai
par exemple souvent écrit que lorsque je ne marcherais plus, je serais
mort. Il y aura un petit décalage puisque je ne marche plus, mais il
sera bref. Alors, des pensées belles m’assaillent, celles de mes amours,
de mes enfants, des miens, de mes amis, des fleurs et des levers de
soleil cristallins. Alors, épuisé, je suis bien.
Il a fallu pour cela que je réussisse à « faire mon devoir », à
assurer le coup, à dédramatiser ma disparition. À La Ligue, j’ai le
sentiment d’avoir fait au mieux. Mon travail de transmission m’a
beaucoup occupé, aussi. Je ne pouvais faire plus. Je suis passé de la
Présidence d’un Bureau national de La Ligue le matin à la salle
d’opération l’après-midi. Presque idéal.
Alors, souriant et apaisé, je vous dis au revoir, amis.
Axel le loup.
21 mai 2021. 9 heures